Interview...

Comment en êtes-vous venus à ce genre musical et comment vous êtes-vous connus ?
Ricardo : Nous nous sommes rencontrés à mon initiative pour la formation du groupe. Nous avions tous les cinq des parcours différents avec d'autres formations. Pour ma part, j'ai commencé l'apprentissage de la musique en Argentine, avec le jazz et le rock...En venant m'installer en France j'ai fait un petit détour par Cuba et c'est là que je suis tombé sous le charme de la musique latine. Bizarrement, c'est lorsque j'ai quitté mon pays que j'ai été "mordu" par la musique de mon peuple. J'ai donc voulu créer une formation qui pourrait me redonner ces sensations lointaines.
Quelles sont les différentes formations possibles pour jouer de la salsa ?
Il en existe plusieurs...El combo, l'orchesta...le quinteto est l'une des plus populaire, et c'est celle que nous avons choisi. C'est un peu la formation de base comme pour un groupe de rock avec guitare basse batterie....Pour le quinteto salsa c'est une ou deux percus, une contrebasse, un clavier, un chanteur et un ou deux vents pour la section dite "cuivre" car même s'ils sont en métal, le saxophone et la flûte ne font pas partie des cuivres.
Comme dans tout style de musique, la salsa doit avoir ses règles...Quelles sont-elles et d'où viennent-elles ?
Michel : Effectivement, d'un point de vue puriste, la salsa a tout un tas de règles et de contraintes, de codes et de structures à respecter. Percussions, basse et piano doivent se compléter pour former une section rythmique parfaite avec beaucoup de contre-temps. C'est en fait très codifié au niveau des percussions et des rythmes. L'essence de la salsa vient des rythmiques. Mais ce côté puriste ne nous intéresse pas forcément... nous tenons aussi à apporter notre style, nos particularités. De plus, hormis Ricardo qui est argentin et Luis espagnol, nous avons peu de racines ou d'origines latines. C'est donc sans prétention que nous nous inspirons de ces vibrations...
Ricardo : La salsa a les mêmes origines que le jazz : celle des esclaves qui détournaient les instruments occidentaux. C'est ce qui fait que beaucoup de jazzmen se tournent vers la salsa et inversement. La salsa et le jazz étaient très populaires en Afrique dans les années 50, et ont inspiré beaucoup de musiciens Africains dans l'Afro-beat ou l'Afro-jazz... Ce qui a aussi fait naitre le style Afro-latin. "Salsa" veut dire sauce. C'est donc déjà un mélange, un plat dans lequel on peut mêler quantité de sonorités très différentes. C'est une musique métisse et à l'origine, une musique de bal populaire, comme le reggae en jamaïque ! La Salsa est donc très libre et laisse traditionnellement une large place à l'improvisation. Elle est en même temps très structurée et écrite. Il y a beaucoup de "breaks" et de ruptures de rythme...c'est ajusté au "millimètre" près !
Que souhaitez vous faire passer à votre public ?
On veut sortir de cet apriori qui voudrait qu'il y ait une musique savante pour une élite, et une musique de moins bonne qualité pour la masse populaire. On essaie de trouver un juste milieu : une musique qui puisse réveiller les sens de façon primaire, et créer un frisson pour faire danser, mais aussi une musique que l'on puisse écouter de façon plus attentive, et pouvoir à chaque moment y saisir ses aspects techniques et ses subtilités.
Ce qui est intéressant, entre autre c'est que vous êtes tous poly-instrumentistes...
Oui, et c'est ce qui dégage un relief de timbres très grand dans notre formation. Nous ne sommes que cinq, nous jouons beaucoup d'instruments différents, ce qui donne pas mal de configurations d'orchestrations possibles. Chaque morceau a donc une couleur spéciale. Par exemple, sur certains morceaux, Philippe (le clavier) va jouer la basse de la main gauche et Iliès lâche la contrebasse pour prendre un sax...
Luis : Nous avons une exellente complémentarité et gardons une authenticité dans notre son, ce qui donne un cachet très intéressant. Nous pourrions orchestrer nos morceaux avec plus de musiciens mais nous perdrions ce côté épuré...
Quelles sont vos influences ?
Ricardo : Nos influences sont vraiment individuelles et variées, mais viennent d'abord du jazz, du rock et du reggae...Nous nous inspirons également beaucoup des rythmes Africains.
Pourquoi Afro-latin ?
Michel : Le terme Afro fait immédiatement penser aux percussions et aux sensations mystiques, à l'envoûtement...Et le côté latin à la fiesta, la gaieté, l'énergie...Le mélange des deux est un peu mystérieux mais accessible à tous.
Ricardo : C'est aussi pour ne pas mettre "Afro-cubain" qui est un style vraiment particulier, très fermé. Nous pouvons aussi emprunter d'autres sonorités, au guaguanco, à la cumbia, à la musique brésilienne ou caraïbéenne en général. Nous ne nous cantonnons donc pas uniquement à l'ile de Cuba !
Un mot sur l'album ?
Ricardo : Il y a deux reprises sur le disque : "El Raton" de Cheo Feliciano et "Sandunguera" de Juan Formell, et 6 compositions originales. Mais on ne s'est pas contenté de reproduire bêtement, nous avons par exemple transformé des rythmiques deux temps en trois temps...
Michel : Nous avions tout d'abord fait une maquette qui a été très bien accueillie par notre entourage, puis le public lors de nos concerts. Ce qui nous a poussé à envisager de composer un album. Nous nous sommes donc mis à travailler et à composer, tout en continuant à faire des concerts, qui d'ailleurs nous encourageaient d'autant plus...c'est donc dans un esprit très serein que nous avons enregistré.

 

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